TRIBUNE07/04/2014 à 16h10

Non, Mme Royal, la voiture électrique n’est pas propre !

Stéphane Lhomme, directeur de l’Observatoire du nucléaire


TRIBUNE

Le 2 avril 2014, l’Observatoire du nucléaire a remporté contre les lobbies de l’automobile et du nucléaire une victoire loin d’être symbolique : la société BlueCUB, qui exploite à Bordeaux les voitures électriques Bluecar de M. Bolloré, identiques aux Autolib parisiennes et Bluely lyonnaises, doit cesser de prétendre que le service qu’elle propose est « écologique ».

Hasard du calendrier, cette décision du Jury de déontologie publicitaire est tombée le jour même où Mme Royal, nouvelle ministre de l’Ecologie, paradait au volant d’une voiture électrique prétendue « propre ».

Or un véhicule motorisé, électrique ou non, n’est jamais « vert », « propre » ou « écologique », et ce pour quatre raisons principales :

  • la construction de tout véhicule nécessite des matières premières et de l’énergie dont l’extraction et la production ont inévitablement des impacts sur l’environnement ;
  • tout véhicule motorisé utilise des éléments extrêmement polluants comme les pneus et les batteries ;
  • tout véhicule représente une certaine quantité de déchets lorsqu’il arrive en fin de vie ;
  • enfin, l’énergie utilisée pour faire fonctionner un moteur est toujours cause de pollution.

Ce dernier point est bien connu lorsqu’il s’agit d’un véhicule thermique utilisant un carburant issu du pétrole ou du gaz, mais c’est aussi le cas pour un véhicule fonctionnant à l’électricité, en particulier lorsque cette dernière est produite par des centrales nucléaires car celles-ci occasionnent d’importants rejets radioactifs et chimiques dans leur environnement, produisent des déchets radioactifs qui vont rester dangereux pendant des millénaires, sans oublier la contamination de pays comme le Niger où la France exploite des mines d’uranium (le combustible du nucléaire).

Par ailleurs, les batteries des voitures électriques utilisent du lithium dont l’extraction est cause de graves pollutions de l’environnement, en particulier en Bolivie où est anéantie la vie paisible de populations indiennes installées là depuis des siècles.

D’autre part, les batteries des Bluecar doivent être constamment maintenues à la température de 80°, ce qui entraîne une forte consommation d’électricité… même lorsque les batteries sont pleines.

C’est donc avec mauvaise foi que les constructeurs communiquent sur le fait que la voiture électrique n’occasionne « aucun rejet en fonctionnement », ou « à l’usage » : la voiture électrique ne fait finalement que déplacer la pollution dans le temps et dans l’espace : on peut réellement parler de délocalisation de la pollution.

La voiture électrique permet finalement à des populations urbaines privilégiées de se déplacer en prétendant abusivement « ne pas polluer » et en reportant les conséquences sur des populations éloignées. C’est le comble du cynisme.

Pour finir, nous tenons à préciser que nous ne faisons en aucun cas la promotion de la voiture thermique (essence ou diesel) qui est elle-même une calamité environnementale, et que nous n’entendons pas « interdire » de se déplacer en automobile - ce qui doit cependant être le cas seulement lorsqu’on ne peut pas faire autrement : nous dénonçons le fait de prétendre que ce genre de déplacement est « écologique » alors qu’il est en réalité très polluant.

 

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